Clair-obscur

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Serais-je plus légère

À vous dire en vers

Que mes yeux sont de misère

Quand les vôtres se gorgent de lumière

Prendrez-vous le temps de me lire

Alors que sous mes doigts les mots ne doivent pas trahir

À votre vue mes lettres oseront-elles vous pleurer le pire

Quand vos paupières n’invitent au noir que pour vous endormir

Serais-je plus joyeuse

À vous entendre sourire des couleurs heureuses

À mettre vos bleus d’azur à mes pupilles paresseuses

Quand même vos gris lassés feraient de mon corps une valseuse

Entendrez-vous le jaune de l’iris assoiffé

Parler aux tendres alizés que frôlent ma peau cornée

À votre pas cadencé

Ma canne boisée sonnera-t-elle au mouvement de mes cils froissés

Quand vos ombres à mon étendue démesurée

Seraient ma lumière même voilée

Serais-je plus diaphane

À vous murmurer de mes larmes qui fanent

Que mes étoiles ne rencontrent jamais la nuit

Bien que sur les voix de vos visages le temps fuit

Goûterez-vous l’odeur des teintes de mon cristallin

Puisque là mon obscur et mon clair ne sont point

À vos ondes lumineuses accrocherez-vous l’âme de ma prunelle

Quand à mon humeur vitrée les rouges chromatiques percent le soleil éternel

Serais-je moins éphémère

À peindre de mes mains les formes de mon univers

Là où vos regards partagent les pigments de vos rivières

Quand les miens trempent dans les saisons de mes chimères

Êtes-vous quelquefois de mes visions le miroir

Que trace la mélopée en demi-tons de mon grimoire

Quand de mes ailes naissent les sons de l’espoir

Fermerez-vous les yeux pour me voir

Serais-je plus légère

À vous dire en vers

Que mes yeux sont de misère

Quand les vôtres se gorgent de lumière