Extrait – Le grand ange rose

Antoine marcha de long en large. Ses pas cadencés traduisaient tous ses questionnements. Il s’agissait de trouver et d’assembler les pièces d’un puzzle complexe : il se sentit à la fois grisé et inquiet. Il fit une halte devant la chapelle Saint-Laurent, puis retourna à la crypte. Un médecin était arrivé pour constater le décès, qu’il situa entre minuit et deux heures du matin. Au premier abord, il n’y avait pas de traces de lutte et le corps ne semblait pas avoir été déplacé. Le médecin en fit part au lieutenant Meyer, qui l’écouta attentivement. En outre, il n’avait jamais vu ce genre de taches noires recouvrir le corps d’un cadavre. Antoine se dit que ce n’était que le début de l’enquête et il comptait énormément sur les résultats des analyses et les interrogatoires des proches de Simon Braun. 

Le technicien scientifique poursuivait son travail. Antoine demanda à ses deux collègues de prendre des lampes torches et d’examiner la nef centrale, le narthex, la croisée du transept et l’abside. Puis il alla rejoindre Charles et le curé Bur à la sacristie. Le sacristain lui raconta comment il avait découvert le corps du malheureux. Ses yeux couleur noisette traduisaient de l’anxiété et ses mains, aux veines marquées, tremblotaient. Il parla aussi d’un raclement de gorge qu’il avait cru entendre et de cette croix qui se trouvait près d’une colonne de la crypte et qui avait disparu après son retour en compagnie du curé. Ce détail était bien entendu d’une grande importance et si Charles disait vrai, l’assassin avait quitté la cathédrale ce matin. Antoine envisagea l’idée qu’il puisse encore s’y cacher mais sans y croire réellement. Il demanda cependant à ses collègues d’être vigilants. Si ses intuitions pouvaient souvent rejoindre la réalité, Meyer prenait toujours en compte plusieurs possibilités, même celles qui lui semblaient improbables. Son expérience lui avait déjà valu quelques surprises. Le monde du crime recelait de subtilités, ses acteurs avaient une imagination féconde, sans limites. Et Antoine pressentait que le cas Braun promettait son lot d’épisodes inattendus.

***

Protégé par l’anonymat, un homme était couché sur son lit. Il ne dormait pas. Il avait le regard fixe. Ses mains jointes n’appelaient en rien à la prière. Au contraire, elles dénonçaient une avide menace travestie par un calme apparent. Il détestait cet échec et une violente insatisfaction envahit son corps et son esprit.  

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